Activités internationales en 2024
Dans un contexte international politique tendu et de faible croissance économique, l’activité internationale des principaux groupes français de construction est, pour la 4ème année consécutive en hausse (+8,4%), pour atteindre un chiffre d’affaires de €86,7 Mds.
Depuis trois ans, la part des activités internationales des entreprises françaises de construction, qui représente plus de la moitié de leur CA total (55,3% en 2024 – CA total de €156,7 Mds), est en progression constante.
Chiffre d'affaires international 2024 (en milliards d'euros)

Le développement de leurs activités internationales ne doit pas occulter les difficultés auxquelles les groupes de construction sont confrontés, d’une intensité variable selon les régions et les pays, et qui participent d’un climat de tensions croissant, alimenté par une forte incertitude économique et politique : coûts de financement élevés malgré le recul de l’inflation et des taux d’intérêt, faiblesse de la croissance économique et perspectives à moyen terme incertaines avec l'escalade de la guerre tarifaire relancée par Donald Trump, poursuite de la crise dans le secteur de l’immobilier, crise de la confiance, en particulier en Europe, qui n’encourage pas l’investissement, instabilité des chaînes d’approvisionnement, hausse du prix des matériaux et des coûts de la main-d’œuvre, tous ces facteurs entraînant un net renchérissement des coûts de construction.
À l’exception de l’Amérique Latine où le CA a légèrement fléchi (-3,4%), le CA international des groupes français est en hausse dans toutes les autres zones en 2024 : +28,5% au Proche et Moyen-Orient, +11,9% en Europe, +3,4% en Asie/Océanie, grâce au dynamisme du marché asiatique, +5,6% en Afrique et +0,8% en Amérique du Nord.
Dans les pays d’Europe occidentale (UE 14 + Royaume-Uni), qui représentent le principal débouché des entreprises françaises en Europe, le CA a progressé de 15,1%, grâce au dynamisme du marché britannique. Dans les PECO, sous l’effet de la contraction de nombreux marchés (Pologne, Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Estonie notamment), et malgré la croissance d’autres pays (République Tchèque, Bulgarie et Lituanie), la croissance du CA des groupes français s’est ralentie en 2024 (+4,1%). Enfin, dans les autres pays d’Europe (hors RU), le CA s’est contracté (-5,5%).
Depuis la récession de 2008, le classement des principaux débouchés, sans avoir connu de bouleversements extrêmes, a évolué, surtout dans le bas du classement :
- l’Europe reste le principal débouché des groupes français avec 65,2% de leur CA international total en 2024 (soit €56,5 Mds) ;
- l’Amérique du Nord figure en 2ème position depuis 2012 avec un CA de €12,8 Mds en 2024 (soit 14,7% du CA international) ;
- l’Asie/Océanie se positionne au 3ème rang depuis 2015, devant l’Afrique. Le CA atteint €6,6 Mds en 2024 (soit 7,6%), répartis entre €3,8 Mds pour l’Océanie et €2,8 Mds pour l’Asie. À noter que depuis quatre ans, la part de l’Océanie est supérieure à celle de l’Asie ;
- l’Amérique Latine (CA de €5,1 Mds, soit 5,9% du CA international), qui se positionnait depuis de nombreuses années au 5ème rang des débouchés, a gagné un rang dans le classement depuis 2023, sous l’effet de l’intégration de Cobra IS dans notre échantillon ;
- l’Afrique ne figure plus qu’à la 5ème place avec un CA de €4,4 Mds en 2024 (soit 5,1% du CA international) ;
- le Proche et Moyen-Orient se place au 6ème rang des débouchés (CA de €1,3 Md, soit 1,5% du CA international en 2024).
Répartition géographique du chiffre d'affaires international 2024 (en pourcentage)
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la prépondérance des activités internationales sur le continent européen : si ce phénomène s’était accentué entre 2002 et 2006 sous l’effet de l’intégration des PECO au sein de l’Union européenne, cette région, qui représente plus de la moitié du CA international des groupes (65,2% en 2024), fait l’objet d’un regain d’intérêt des groupes français depuis quelques années, notamment via le rachat d’entreprises en Europe occidentale, en particulier dans le secteur de l’énergie et des services industriels. Depuis la crise de 2008, le poids des nouveaux entrants a fortement reculé et le volume d’affaires dépend pour une large part des pays d’Europe occidentale ;
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un ancrage solide et durable en Amérique du Nord : elle est le deuxième débouché des entreprises françaises depuis 2012 et le poids du marché nord-américain en fait l’une de leurs zones prioritaires d’intervention. Plusieurs phases de croissance ont contribué à l’accroissement du CA des groupes français : en 2011-2012, en 2018-2019 et 2022-2023 grâce aux plans de relance adoptés aux Etats-Unis et au Canada, où les besoins dans le secteur des infrastructures sont considérables ;
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la montée en puissance de l’Océanie : à la faveur des rachats d’entreprises locales effectués par les groupes français au cours de ces dernières années, la part de cette région a progressé. Sous l’effet conjugué du développement des activités et de la réduction du CA en Asie entre 2019 et 2022, le niveau de CA réalisé en Océanie dépasse depuis quatre ans celui réalisé en Asie ;
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une capacité de résilience en Afrique : dans un contexte concurrentiel exacerbé, et après un net recul d’activité entre 2014 et 2018, le CA se maintient à un niveau élevé depuis quatre ans. Si la part de cette région était supérieure à 10% jusqu’en 2016, elle décline progressivement, ne représentant plus que 5,1% en 2024 ;
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une présence géographique diversifiée : si de nombreux acteurs européens du secteur de la construction ont progressivement recentré leurs activités internationales autour de 2-3 marchés, les groupes français ont toujours maintenu une présence géographique diversifiée, malgré les aléas économiques et l’instabilité politique qui fragilisent certaines régions du monde. Outre leur intérêt constant pour l'Afrique où ils continuent de réaliser un volume non négligeable de leur CA, ils ont sensiblement développé leur volume d’affaires en Amérique Latine depuis quelques années. Enfin, ils ont considérablement accru leurs travaux en Océanie, multipliant les opérations de croissance externe. Au Moyen-Orient, si leurs activités se sont fortement contractées entre 2015 et 2021, la tendance s’est inversée depuis trois ans grâce au lancement de projets majeurs d’infrastructure.
Grâce aux opérations de croissance externe menées par les groupes français dans l’énergie au cours de ces dernières années (notamment la reprise de Cobra IS, en Espagne, par le groupe Vinci et la reprise d’Equans par le groupe Bouygues), ce secteur est passé au premier rang des débouchés des groupes français de construction avec 38,5% de leur CA international total en 2024 (soit €33,4 Mds). Les infrastructures de transport, qui constituaient jusqu’en 2021 leur premier domaine d'activité, figurent dorénavant au 2ème rang avec 22,2% (soit €19,3 Mds), suivies par le génie civil avec 13,8% (€11,9 Mds), les services avec 13,5% (€11,7 Mds), le bâtiment (8,4% – €7,3 Mds) et l’environnement/eau (2,4%). Le reliquat (1,2%) est constitué par la catégorie « Autres ».
Répartition sectorielle du chiffre d'affaires international 2024 (en pourcentage)

Le CA international a progressé en 2024 dans la majorité des secteurs : +14,8% dans l’énergie, +24,6% dans le bâtiment, +21,1% dans l’environnement/eau. La hausse a en revanche été beaucoup plus modeste dans les infrastructures de transport (+1,2%). Depuis deux ans, le bâtiment enregistre une croissance importante à l’international, portée par de nombreux projets de construction/extension bas carbone, dans les domaines de la santé, de l’éducation, des complexes résidentiels, des data centers …. Le seul secteur en recul en 2024 est le génie civil (-3,1%).
L’évolution de la répartition sectorielle se caractérise par :
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la part prépondérante et croissante de l’énergie, qui atteint 38,5% en 2024, contre moins de 5% jusqu’en 2005. De nombreuses opérations de croissance externe ont été menées par les groupes français dans ce secteur depuis 2018, et tout particulièrement depuis trois ans. L’accélération de la transition énergétique ainsi que l’essor majeur des activités liées aux systèmes d’information et aux data centers représentent un nouveau champ d’action pour les entreprises françaises d’infrastructures, où elles se sont largement engouffrées ;
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le poids fondamental des infrastructures de transport (près d’un quart du volume global) : si la hausse du CA depuis 2015 n’est pas aussi dynamique que dans certains autres domaines d’activité (tels que l’énergie et les services), ce secteur présente toujours un fort potentiel de croissance compte tenu des investissements importants prévus dans le cadre des plans adoptés dans de nombreux pays depuis la pandémie, destinés notamment à s’adapter aux défis du changement climatique et de la décarbonation des infrastructures de mobilité ;
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la croissance des services : ce secteur (regroupant le facility management et les concessions), dont la part atteint 13,5% en 2024, a connu des taux de croissance majeurs depuis 2018. Après avoir été fortement impacté en 2020, sous l’effet de la pandémie mondiale, le CA est en très forte augmentation depuis trois ans avec l’intégration de Cobra IS et d’Equans ainsi que les rachats successifs d’entreprises spécialisées dans le domaine industriel et énergétique ;
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la réduction importante de la part du bâtiment depuis plus de 10 ans : alors qu’elle représentait un peu plus de 20% jusqu’au début des années 2000, elle s’établit à 8,4% en 2024 (le niveau le plus bas a été atteint en 2023 avec 7,3%). Si la crise dans l’immobilier a accéléré cette tendance, les activités dans ce secteur connaissent un développement important depuis deux ans à l’international.

